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Bottin des avocats

Figure internationale des droits de la personne

Me Irwin Cotler, Ad. E.

par Marie-Hélène Paradis

Grâce à ses parents, humanistes convaincus de l’importance de la justice et du devoir de la faire respecter, Irwin Cotler a rapidement su quelle trajectoire il épouserait dans la vie et le but qu’il poursuivrait. Tout au long du parcours de celui qui a d’abord enseigné le droit et dirigé le programme des droits de l’homme à l’Université McGill avant de faire le saut en politique fédérale active en 1999, la ferveur du citoyen Cotler pour la défense des droits de la personne et des libertés fondamentales n’a jamais failli.

Me Irwin Cotler, Ad. E

« Devenir avocat a été une aspiration que je dois à l’influence de mes parents. Mon père m’a dit que le plus important, c’était la poursuite de la justice et que ça devrait être ma mission dans la vie. Ma mère, quant à elle, a commencé très tôt à me parler de l’importance de rechercher la justice. Elle me disait qu’il fallait comprendre l’injustice et la ressentir, sinon la justice demeurerait une abstraction théorique ».

Les droits de la personne : l’engagement d’une vie

« Mon père était avocat et il cultivait un grand respect pour la primauté du droit; c’était l’engagement de sa vie. Celui de ma mère allait vers l’assistance aux personnes vulnérables. Donc, il était évident pour moi que le meilleur moyen de protéger les droits de la personne était de devenir avocat et de m’impliquer dans leur défense. »

Ces enseignements ont poussé Me Irwin Cotler, dès les années soixante-dix, à s’impliquer dans deux grandes luttes pour les droits de la personne : celle, d’une part, contre l’apartheid en Afrique du Sud et, d’autre part, celle des droits de la personne dans l’ex-Union soviétique. Deux célèbres prisonniers politiques liés à chacune de ces causes ont été les visages, les voix et les visions du combat d’Irwin Cotler. Nelson Mandela a passé 27 ans en prison avant de devenir le premier président de l’Afrique du Sud libre, démocratique et égalitaire. Me Cotler est devenu membre de son équipe juridique internationale. Il a aussi défendu Anatoli (Natan) Sharanski, prisonnier politique dans l’ex-Union soviétique. « J’ai été arrêté et expulsé de l’ex-Union soviétique à cause de mon implication. J’ai d’ailleurs été arrêté aussi en 1981, en Afrique du Sud, pour avoir prononcé un discours en faveur de Nelson Mandela. »

Me Cotler est le conseiller juridique de plusieurs prisonniers politiques, dont le blogueur saoudien Raif Badawi. « C’est le courage, la résilience, la détermination et l’engagement des prisonniers politiques qui m’ont inspiré tout au long de ma vie dans la défense de leurs droits et qui ont stimulé ce qui est devenu mon principal engagement », ajoute-t-il.

La politique, malgré lui…

« Je n’ai jamais eu de visée politique. Courtisé par le Parti libéral du Canada, j’ai commencé par dire non, mais quelques jours avant la fin des mises en candidature en 1999, ma femme et quelques amis se sont mobilisés pour que je pose la mienne comme député. Les trois autres candidats en lice ont abandonné et je suis devenu l’unique à briguer les suffrages. Comme il restait un an au mandat de Sheila Finestone, députée dans la circonscription de Mont-Royal depuis 1984, j’y suis allé pour prendre de l’expérience pendant cette année. Et j’y suis resté pendant 16 ans. »

Me Cutler estime que son premier emploi en 1968 comme assistant spécial de John Turner, alors ministre de la Justice, lui a servi lorsqu’il est devenu à son tour, en 2003, ministre de la Justice et procureur général du Canada dans le cabinet du premier ministre Paul Martin. « Cet homme a été mon mentor et un exemple d’engagement dans la lutte pour les droits de la personne », relate-t-il.

En tant que ministre de la Justice et procureur général, l’influence de sa mère se fait encore une fois sentir quand Irwin Cotler dépose le projet de loi pour criminaliser la traite des personnes et le trafic humain. Il lance la première réforme du processus de nomination à la Cour suprême du Canada, faisant de celle-ci l’instance la plus équitable au monde dans la représentativité des femmes et des hommes. Irwin Cotler a introduit la Loi sur le mariage civil, qui est la première loi reconnaissant le droit au mariage pour les personnes de même sexe. Il a présenté la première initiative nationale de justice contre le racisme et la haine au Canada et a annulé davantage de condamnations injustifiées en une seule année que tout autre ministre avant lui. Et ce ne sont là que quelques-unes des réalisations de cet infatigable parlementaire et juriste qui a su se tailler une place sur maintes tribunes et développer une influence internationale.

Sa fierté

« Chaque fois qu’un prisonnier politique est libéré, c’est pour moi, pour la famille et pour la communauté une victoire de la justice. Malheureusement, ça continue, car il y a résurgence de l’autoritarisme mondial et les prisonniers politiques sont le miroir de la poursuite de la justice et de notre histoire. Il y a encore beaucoup de travail à faire. »